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Flambée de violence reliée aux armes et aux gangs de rue

Au courant des derniers mois, les médias rapportent un nombre croissant de crimes liés à l’usage d’armes à feu chez les jeunes à Montréal. On semble assister à une flambée de la violence liée aux rivalités de gang de rue. La flambée est si marquée qu’on assiste à un phénomène nouveau : des jeunes contrevenants souhaitent demeurer sous garde plutôt que d’avoir à reprendre le chemin de la rue, jugée trop dangereuse. Statistique intéressante : selon le SPVM, lorsqu’on compare les mineurs et les jeunes adultes, les raisons de posséder une arme sont sensiblement les mêmes. La banalisation du port d’arme par les adolescents est, elle, particulièrement marquée selon les policiers sur le terrain. Or, comment nous savons, en raison de l’impulsivité plus marquée chez les adolescents, cela rend le phénomène d’autant plus inquiétant.

Ces évènements remettent à l’avant plan le phénomène de gang de rue, que nous souhaitons aborder ici.

Quelle est la définition de « gang de rue »?

L’expression « gangs de rue » fait référence à des groupes d’adolescents qui partagent une identité commune et pour qui les activités criminelles sont un marqueur identitaire du groupe. Ces activités criminelles sont souvent très variées. Actuellement, la fraude, le trafic de stupéfiant, et le proxénétisme sont en vogue. De plus, il existe ce qu’on peut appeler des crimes signatures de gangs de rue, entre autres le « drive by shooting » (qu’on peut traduire par fusillade au volant) et l’invasion de domicile. Contrairement au mythe parfois véhiculé, les gangs ne s’associent pas toujours à certaines couleurs, ou à certains signes distinctifs.

Processus d’adhésion et usage de la violence

Le processus d’adhésion à une gang n’est pas linéaire, mais il existe plusieurs facteurs de risque : l’adolescent est vulnérable et évolue dans un milieu dysfonctionnel à plusieurs niveaux (scolaire, familial,…). L’adhésion à une gang de rue répond généralement à un besoin d’appartenance et/ou un besoin de protection et/ou un besoin de reconnaissance (obtention d’un statut). Contrairement au mythe véhiculé, l’appât du gain constitue souvent une raison pour entrer dans une gang, mais ce n’est pas la première raison qui motivera le jeune. D’ailleurs, la perte de liens sociaux, d’appartenance, est souvent l’obstacle principal rencontré par les adolescents qui souhaitent sortir de ce milieu.

Il faut souligner que l’usage de la violence par les gangs est d’abord dirigé envers des groupes rivaux. L’usage de la violence par les membres de gang est donc ciblé. Rappelons que les membres de gang sont eux-mêmes très à risque de devenir victime de violence.

Comment s’attaquer au phénomène ?

Une chose est certaine : la répression à elle seule ne suffit pas. Selon le chercheur René-André Brisebois, si on veut s’attaquer au problème, il faut s’attaquer aux racines de la criminalité. Or, la criminalité prend racine dans un contexte socioéconomique difficile et d’inégalités sociales…

Il n’est donc pas surprenant que le nord-est de Montréal devienne l’épicentre de cette flambée de violence rapportée par les médias.

Sources :

https://www.lapresse.ca/actualites/enquetes/2021-10-02/fusillades-a-montreal/adolescents-armes-et-dangereux.php

https://www.cicc-iccc.org/fr/balados/enquete-de-criminologie-balado/episode-4-jeunes-et-gangs-de-rue

https://www.securitepublique.gouv.qc.ca/police/phenomenes-criminels/gangs-de-rue.html

Les délinquants associés aux gangs de rue

Geneviève Beaulieu, étudiante à la maîtrise en psychoéducation à l’Université de Sherbrooke et gagnante du Concours de vulgarisation scientifique 2020, aborde dans sa publication «Délinquants associés aux gangs de rue : toute une personnalité!», les traits de personnalité des jeunes délinquants et plus spécifiquement, de ce qui distingue les jeunes associés à un gang de rue (AGR) de ceux qui ne le sont pas.

Madame Beaulieu nous explique tout d’abord que les jeunes AGR possèdent pour la plupart un profil social semblable. Elle aborde aussi les traits de personnalité souvent associés à la délinquance, aussi bien chez les jeunes AGR que chez les non AGR. Elle nous explique cependant que suivant une étude réalisée auprès de 211 délinquants masculins, âgés de 14 à 25 ans et détenus dans un établissement carcéral adulte ou en centre jeunesse, les jeunes AGR se distinguent quant à leur niveau de délinquance et quant à leurs traits de personnalité.

Madame Beaulieu termine son texte en nous disant qu’étant donné les différences entre les délinquants AGR et non AGR, les interventions auprès de ces jeunes doivent être adaptées à leur profil afin d’optimiser les résultats escomptés pour leur réhabilitation.