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Détention provisoire pour des accusations datant de 1981 à 1984

Dans LSJPA – 1932, l’accusé, aujourd’hui âgé de 50 ans, fait face à des accusations d’atteinte à la pudeur et d’agression sexuelle, pour des faits remontant au début des années 80. Il s’agit de la première fois que ce dernier fait face à la justice.

La poursuite demande la détention provisoire de l’accusé. Elle allègue, se fondant sur les articles 29(2)b)(ii) et (iii) LSJPA, que la détention est nécessaire pour la protection ou la sécurité du public, notamment celle des victimes et des témoins et qu’elle est également nécessaire pour ne pas miner la confiance du public envers l’administration de la justice.

La juge Peggy Warolin de la Cour du Québec, chambre de la jeunesse, doit donc analyser la preuve présentée à la lumière des dispositions législatives pertinentes et de la jurisprudence applicable, dont l’arrêt Rondeau de la Cour d’appel.

Concernant le critère de la sécurité du public (29(2)b)(ii) LSJPA), la juge retient notamment :

  • Il s’agit d’infractions graves contre la personne qui se sont produites sur une longue période dans un contexte où l’accusé abusait de la vulnérabilité des plaignants;
  • Le contexte d’autorité entre l’accusé et les plaignants, ainsi que les promesses faites par celui-ci;
  • Le fait que les infractions alléguées apparaissent fondées;
  • La participation entière de l’accusé;
  • L’accusé avait une vie stable avant les accusations et rien ne pouvait laisser soupçonner la moindre activité illégale. Sa vie a basculé à la suite de son arrestation;
  • Le fait « qu’un problème ne disparaît pas par l’écoulement du temps »;
  • Que l’accusé fait également l’objet d’accusations pendantes de nature sexuelle dans des dossiers adultes;
  • Les connaissances pointues en informatique et les pouvoirs de manipulation exercés par l’accusé;

La juge conclut finalement, après avoir analysé les facteurs pertinents, que la preuve présentée répond au critère de « probabilité marquée » que l’accusé, s’il est mis en liberté, commettra une infraction criminelle ou nuira à l’administration de la justice.

Bien qu’il ne fut pas nécessaire afin d’ordonner la détention provisoire de l’accusé d’analyser la question visée par l’article 29(2)b(iii), la juge se livre quand même à l’exercice et conclut qu’il est également nécessaire d’ordonner la détention provisoire afin de ne pas miner la confiance du public envers l’administration de la justice.

Après avoir statué qu’aucune condition de mise en liberté ne protégerait suffisamment le public contre le risque que présenterait l’accusé (29(2)c) LSJPA), la juge Warolin conclut donc en ordonnant que l’accusé soit gardé en détention préventive.

Confier un adolescent aux soins d’une personne plutôt que le détenir

L’article 31 LSJPA prévoit la possibilité pour un adolescent qui serait autrement placé sous garde en attente de son procès d’être confié aux soins d’une personne. Il est bien établi que le juge du tribunal pour adolescent a l’obligation de s’informer, avant de mettre sous garde un adolescent de façon provisoire, s’il existe une personne digne de confiance capable et désireuse de s’en occuper et si l’adolescent consent à être confié à ses soins.

Dans les faits, généralement, l’adolescent propose lui-même une telle avenue lorsqu’elle est disponible. La personne désireuse de s’occuper de l’adolescent doit démontrer qu’elle en est capable. Bien que le tribunal soit soumis à l’obligation de s’informer de l’existence d’une telle personne, il dispose d’une large discrétion dans l’appréciation d’une telle demande de la part de l’adolescent.

La Cour d’appel du Québec s’est déjà prononcée sur la question de l’article 31 LSJPA en précisant qu’il s’agissait d’une disposition législative devant recevoir une interprétation libérale, en tenant compte des déclarations de principes énoncés à l’article 3 LSJPA. (M.J. c. R., 2005 QCCA 685)

La question de déterminer la capacité de la personne désireuse de se voir confier l’adolescent est donc cruciale dans le cadre de demandes en vertu de l’article 31 LSJPA. La Cour d’appel du Québec s’exprimait de la façon suivant dans L’arrêt M.J. c. R. :

[38] Cela dit, le fait que l’adolescent n’ait pas, dans le passé, respecté les couvre-feux imposés par ses parents, n’est pas en soi déterminant. En revanche, le fait que ses parents connaissent peu ses allées et venues, qu’ils ne savaient pas que leur fils s’était fait arrêter en juillet 2004 par les policiers ni que ceux-ci avaient dû faire usage de la force pour l’arrêter, illustre bien la difficulté d’établir une surveillance et un contrôle qui s’imposent. Ce n’est qu’en 2005 que le père de l’appelant a été informé de cet incident et il n’a pas cru bon d’en parler à son épouse.

D’un autre côté, la nature de l’infraction et les circonstances de l’affaire peuvent être pertinentes dans l’analyse. La confiance du public dans le système de justice est également un élément pertinent à considérer. Toutefois, bien que la mise en liberté d’un adulte accusé d’un crime odieux puisse avoir pour effet de miner la confiance du public dans les systèmes de justice et de mise en liberté sous caution, il demeure que le fait de confier un adolescent aux soins d’une personne digne de confiance n’aura pas nécessairement ce même effet. (R. v. R.D., 2010 ONCA 899)

Ensuite, deux conditions essentielles doivent être réunies afin que le juge puisse confier l’adolescent aux soins d’une personne. Premièrement, la personne en cause doit s’engager par écrit à assumer les soins de l’adolescent, se porter garante de la comparution de celui-ci au tribunal lorsque celle-ci sera requise et s’engager à respecter toutes autres conditions que peut fixer le juge. Deuxièmement, l’adolescent doit s’engager par écrit à respecter cet arrangement et toutes autres conditions que peut fixer le juge.

Enfin, le fait pour la personne digne de confiance ou pour l’adolescent d’omettre sciemment de se conformer à leur engagement constitue une infraction passible d’une peine d’emprisonnement maximale de deux ans en vertu de l’article 139 LSJPA.

Durée totale d’une peine spécifique comportant différentes sanctions

Dans LSJPA – 1920, l’adolescent se pourvoit contre le jugement sur la peine qui le condamne à une période de garde et de surveillance de neuf mois suivie d’une ordonnance de probation de deux ans pour des accusations de voies de fait et voies de fait causant des lésions corporelles.

L’appelant soulève sept moyens d’appel. Certains s’avéreront fructueux, d’autres non. La Cour d’appel du Québec se penche sur chacun d’entre eux et arrive à la conclusion que la peine doit être légèrement modifiée. Nous aborderons seulement les moyens d’appel jugés bien fondés par la Cour.

Dans un premier temps, l’appelant reproche à la juge de lui avoir imposé une peine excessive quant à sa durée totale, puisqu’elle excède deux ans, contrairement à l’article 42(14) LSJPA. Sauf des exceptions qui ne sont pas applicables au présent cas, le paragraphe 42(14) LSJPA prévoit que la peine spécifique imposée ne peut rester en vigueur plus de deux ans. Dans les cas où la peine comporte plusieurs sanctions pour la même infraction, le même paragraphe ajoute que leur durée totale ne doit pas dépasser deux ans. Pour cette raison, malgré la proposition du ministère public de ventiler la période de placement sous garde et surveillance de neuf mois dans un dossier et la probation de deux ans dans les autres dossiers, la Cour d’appel conclut à la nécessité de réduire l’ensemble des peines imposées afin qu’elles répondent aux exigences du paragraphe 42(14) LSJPA.

Ensuite, l’appelant soulève que la juge aurait imposé des conditions dans l’ordonnance de garde et surveillance, contrairement aux paragraphes 97(1) et (2) LSJPA. Ces paragraphes prévoient que lors de l’imposition d’une peine de placement et surveillance sous 42(2)n) LSJPA, le tribunal doit imposer les conditions de surveillance obligatoires de 97(1) LSJPA et prévoir qu’en vertu de 97(2), le Directeur provincial puisse imposer des conditions additionnelles. La Cour d’appel donne droit à ce moyen, puisque seul le Directeur provincial a le pouvoir de fixer des conditions de surveillance additionnelles.

Finalement, l’appelant plaide que la juge n’a pas motivé son refus de tenir compte de la détention provisoire. Cette question se divise en deux puisque l’appelant avait purgé six jours en détention provisoire avant d’être confié aux soins de son père en vertu du paragraphe 31(1) LSJPA. Faisant le parallèle avec la jurisprudence applicable aux adultes en ce qui a trait aux conditions sévères de mise en liberté, la Cour d’appel du Québec conclut qu’il y a lieu d’adopter la même approche sous la LSJPA :

[46] La période pendant laquelle un adolescent est confié aux soins d’une personne à la suite d’une ordonnance conformément au paragraphe 31(1) LSJPA et les conditions d’un tel placement établies conformément au paragraphe 31(3) LSJPA sont des circonstances dont un tribunal doit tenir compte aux fins de déterminer la peine applicable à l’adolescent, mais le tribunal jouit néanmoins d’une large discrétion dans le poids qu’il leur accorde, comme dans la prise en compte d’une période de garde.

La Cour n’intervient toutefois pas à cet égard, statuant que la juge de première instance avait bel et bien considéré ces éléments dans son jugement. Il en est autrement des six jours de détention provisoire purgés par l’appelant, n’étant pas mentionnés dans ses motifs. La juge devait expliquer pourquoi elle ne créditait pas cette période. La Cour choisit donc de créditer ces jours selon un ratio 1:1.

En conclusion, la Cour accueille l’appel afin de notamment modifier la peine de façon à ce que l’appelant doive purger dix-huit mois de probation, plutôt que deux ans et ordonne le crédit des six jours de détention, soit quatre jours de crédit sur la période de placement et deux jours de crédit sur la période surveillance.

Détention provisoire et la confiance du public envers l’administration de la justice

Dans l’arrêt R. c. St-Cloud, 2015 CSC 27, la Cour suprême du Canada a accueilli le pourvoi contre la décision de la Cour supérieure et elle a décidé que la détention de l’accusé était nécessaire pour maintenir la confiance du public envers l’administration de la justice conformément à l’article 515 (10) c) C.cr.. Cet arrêt est pertinent pour l’application de la LSJPA étant donné que l’article 29 (2) b) (iii) LSJPA est semblable à l’article 515 (10) c) C.cr..

La Cour a résumé les principes essentiels qui doivent guider le juge dans l’application de l’al. 515 (10) c) C.c.r. en mentionnant aux paragraphes 87 et 88 ce qui suit:

  •       L’alinéa 515(10)c) C.cr. ne prévoit pas un motif résiduel de détention, applicable seulement lorsque les deux premiers motifs de détention (al. a) et b)) ne sont pas satisfaits. Il s’agit d’un motif distinct permettant à lui seul d’ordonner la détention avant procès d’un accusé.
  •       L’alinéa 515(10)c) C.cr. ne doit pas être interprété restrictivement (ou appliqué avec parcimonie), ni s’appliquer que dans de rares cas ou circonstances exceptionnelles, ou pour certains types de crime seulement.
  •       Les quatre circonstances énumérées à l’al. 515(10)c) C.cr. ne sont pas exhaustives.
  •       Le tribunal ne doit pas automatiquement ordonner la détention même si les quatre circonstances énumérées favorisent ce résultat.
  •       Le tribunal doit plutôt tenir compte de toutes les circonstances propres à chaque cas d’espèce, en prêtant une attention particulière aux quatre circonstances énumérées.
  •       Le caractère « inexplicable » ou « inexpliqué » du crime n’est pas un critère devant guider l’analyse.
  •       Aucune circonstance n’est déterminante en soi. Le juge doit considérer les effets combinés de toutes les circonstances de chaque affaire qui lui permettront de déterminer si la détention est justifiée.
  •       Il s’agit d’un exercice de pondération de toutes les circonstances pertinentes, au terme duquel le tribunal doit ultimement se poser la question suivante : la détention est-elle nécessaire pour ne pas miner la confiance du public envers l’administration de la justice? Tel est le test à satisfaire sous l’al. 515(10)c).
  •       Pour répondre à cette question, le tribunal doit adopter le point de vue du « public », c’est-à-dire celui d’une personne raisonnable, bien informée de la philosophie des dispositions législatives, des valeurs consacrées par la Charte et des circonstances réelles de l’affaire. Cette personne n’est toutefois pas un juriste et n’est pas en mesure d’apprécier les subtilités des différentes défenses qui s’offrent à l’accusé.
  •       La confiance de cette personne raisonnable envers l’administration de la justice peut être minée tout autant si le tribunal refuse d’ordonner une détention justifiée compte tenu des circonstances de l’espèce, que lorsqu’il l’ordonne alors qu’elle est injustifiée.

[88]                          En conclusion, en présence d’un crime grave ou très violent, lorsque la preuve contre l’accusé est accablante, et que la ou les victimes sont vulnérables, la détention préventive sera habituellement ordonnée.

 

 

 

Transfèrement en centre correctionnel pour adultes et détention provisoire

Dans la décision La Reine c. X., Cour supérieure, 26 mars 2015, le tribunal était saisi d’une requête pour autoriser la détention d’un adolescent dans un centre correctionnel pour adultes conformément à l’article 30 (4) LSJPA. L’adolescent avait atteint l’âge de 19 ans et le Directeur provincial estimait que les comportements et attitudes de l’adolescent nuisaient à la sécurité et à la réadaptation des autres jeunes de l’unité.

Après avoir analysé la loi et la jurisprudence pertinente en l’espèce ( R. c. S.D.F., J.C. c. R et R. c. K.K.), la Cour en est venue à la conclusion que le transfert de l’adolescent dans un centre correctionnel pour adultes lui serait préjudiciable et ne serait pas dans l’intérêt du public.

Transfert aux adultes pendant la détention provisoire

Dans la décision La Reine c. X, Cour du Québec, 20 juin 2014, C. Brosseau, la Cour a ordonné la détention provisoire de l’adolescent dans un milieu autre qu’un lieu de détention pour adolescents et ce conformément à l’article 30 (3) a) LSJPA.

La Cour mentionne notamment au paragraphe 36:

« Si la façon d’agir de l’adolescent supporte le diagnostic du trouble grave de l’attachement, alors qu’il saborde toutes les tentatives de celles et ceux qui veulent l’aider, cela ne peut justifier et faire contrepoids à une preuve amplement étoffée sur l’incapacité du directeur provincial de le maintenir dans ses services. »

Révision d’une ordonnance de détention provisoire et article 31 LSJPA

Dans la décision LSJPA-1348 2013 QCCS 4635, la Cour supérieure siégeait en appel d’une ordonnance de détention provisoire rendue par la Chambre de la jeunesse. La Cour a rappelé aux paragraphes 5 et 6 ce qui suit : 

 » [5] Dans ce dossier, ce n’est pas simplement une question de substituer mon opinion à celle prononcée par le Tribunal de première instance. Il faut voir si la décision du juge de première instance était déraisonnable dans les circonstances qui ont été révélées en preuve en première instance.

[6] Lorsque l’accusé se pourvoit en révision d’une ordonnance de détention qui a déjà été prononcée, il doit démontrer, de façon prépondérante, que la décision  dont il se plaint se doit d’être modifiée et, s’il échoue, l’ordonnance devra rester en vigueur et il devra demeurer incarcéré même s’il est présumé innocent. »   

Par ailleurs, la Cour a conclu que le juge de première instance n’avait pas commis d’erreur de droit ni d’erreur manifeste dans l’appréciation des faits. Quant à l’application de l’article 31 LSJPA, la Cour a mentionné au paragraphe 13 ce qui suit:

« [13]Le tribunal, en conséquence, n’est pas convaincu qu’un plan de liberté provisoire acceptable a été offert par le requérant pour s’assurer qu’il y a des personnes disponibles, dignes de confiance et qui sont désireuses  et capables de s’en occuper et d’en assumer la garde. »

Détention provisoire et conditions fixées selon l’article 97 (2) LSJPA

Dans l’arrêt  LSJPA-1361 2013 QCCA 2108, la Cour d’appel a accueilli l’appel présenté par le ministère public et elle a infirmé le jugement de première instance. La Cour a retenu les trois motifs d’appel soumis par le ministère public et ceux-ci se retrouvent dans le jugement aux paragraphes 4, 5 et 6 reproduits ci-dessous.

[4]           Le ministère public soutient que la juge de première instance a erré, en droit, en ne déterminant pas précisément la période résiduelle à être purgée sous placement et surveillance par l’adolescent, se contentant simplement d’ordonner que soit soustrait du calcul de la période de garde le temps passé en détention provisoire, selon un ratio de 1 pour 1.  Le ministère public ajoute que l’intimé aurait dû se voir imposer une peine de 16 mois (480 jours) de placement sous garde et de surveillance, une fois déduits les 150 jours passés en détention provisoire de la peine de 21 mois (630 jours) imposée le 25 juillet 2013.

[5]           Le ministère public ajoute que la juge de première instance ne pouvait imposer des conditions supplémentaires applicables à la période de surveillance en collectivité, l’article 97 (2) LSJPA précisant qu’il revient au directeur provincial de fixer, par ordre, de telles conditions supplémentaires.

[6]           Enfin, le ministère public reproche à la juge de première instance d’avoir erré en droit en imposant à l’intimé une peine de 21 mois sur les 2 chefs d’accusation d’avoir fait défaut de se conformer à une peine spécifique, s’agissant d’infractions punissables sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire.  Comme la peine maximale d’emprisonnement prévue à la loi est de 6 mois, dans un tel cas, la juge aurait dû faire les distinctions appropriées au regard des chefs d’accusation sur lesquels l’intimé a plaidé coupable.

Assujettissement et détention provisoire

La décision de La Reine c. X., 7 octobre 2013, C.Q., rendue par l’Honorable Julie Beauchesne, fait suite à une demande de la poursuite pour l’assujettissement d’un adolescent à une peine pour adulte. En effet, bien qu’il ait aujourd’hui 19 ans, l’accusé était âgé de 16 ans au moment des évènements qu’on lui reproche. Ce dernier a plaidé coupable à une accusation de meurtre au 2e degré perpétré sur une octogénaire.

Des plaintes ont par la suite été portées à son égard par les intervenants qui œuvraient avec lui pendant son séjour en centre de réadaptation. Effectivement, l’accusé aurait fait preuve de violence verbale et physique envers les intervenants. Ces derniers considéraient important que le Tribunal prenne en compte ces gestes d’agression afin de dresser un portrait juste du profil de l’accusé.

Pour trancher la demande d’assujettissement à une peine pour adulte, la juge a divisé son analyse en trois questions.

1. Quelle portion de la détention provisoire le Tribunal doit-il appliquer dans les circonstances?

Le Tribunal établit une distinction entre le Code criminel et la LSJPA pour ce qui est de la prise en considération du temps passé en détention provisoire. Effectivement, la Cour énonce que :

« [135] Contrairement au Code criminel, lequel prévoit que le « tribunal peut prendre » en considération cette période, l’article 38(3) LSJPA en fait un facteur à prendre en considération lors de la détermination de la peine. »

« [136] La Cour d’appel a rappelé le principe, qu’à moins de circonstances exceptionnelles, on ne devrait pas condamner un délinquant à la peine maximale si celui-ci a été détenu provisoirement une longue période. »

Par ailleurs, la Cour précise que bien qu’en justice pénale pour adolescents il soit impératif de « tenir compte » du temps passé en détention, il ne s’ensuit pas automatiquement un retranchement de la peine spécifique. La Cour mentionne à cet égard:

« [143] L’expression « tenant compte » contenue au paragraphe 38 LSJPA n’équivaut pas à un calcul mathématique ou un retranchement automatique. Cela veut aussi dire que le Tribunal doit évaluer et considérer le caractère approprié de la peine. »

En l’espèce, le Tribunal a bel et bien pris en considération la période de détention, mais il a estimé que le cas de l’accusé en était un d’exception. Selon la juge, afin de répondre aux objectifs de la loi qui sont de favoriser une responsabilisation et une réhabilitation de l’adolescent, il faut une peine qui soit suffisamment longue. Autrement, le Tribunal n’aurait « d’autre choix que de l’assujettir à une sentence adulte » .

2. Le Tribunal peut-il considérer lors de la détermination de la peine le fait qu’en centre de réadaptation l’accusé se serait livré à d’autres infractions criminelles et qu’il fait l’objet de plainte au niveau adulte en regard de ces évènements?

Le Tribunal en vient à la conclusion qu’il est pertinent de tenir compte d’autres infractions criminelles qu’aurait commises l’accusé lors de sa réadaptation. Effectivement, la Cour énonce que :

« [152] Lors de la détermination de la peine, l’article 38(3)f) LSJPA établit comme facteur à prendre en compte les circonstances aggravantes ou atténuantes relatives à la situation de l’adolescent. Il apparaît au Tribunal que la commission d’une infraction pour laquelle un adolescent n’a pas été condamné est pertinente au titre de la détermination de la peine de l’article 38. »

Or, la juge Beauchesne rappelle le principe fondamental auquel a droit l’accusé : la présomption d’innocence. Elle affirme que le Tribunal ne peut se permettre de se baser sur des évènements qui ne sont pas admis par la défense afin d’imposer une peine plus stricte à l’adolescent. En l’espèce, la poursuite n’avait pas prouvé hors de tout doute raisonnable les faits allégués.

3. La poursuite a-t-elle fait la preuve, suivant son fardeau, des critères visant à assujettir l’accusé à une peine applicable aux adultes?

La poursuite doit démontrer que la peine spécifique ne serait pas suffisamment longue pour rencontrer les objectifs soutenant le régime de détermination de la peine de la LSJPA .

Suite à la prise en compte de divers éléments, la juge en est venue à la conclusion que la situation de l’accusé nécessitait une longue réhabilitation et que les programmes carcéraux pour adultes ne pouvaient lui offrir des services spécialisés pour assurer efficacement sa réadaptation et sa réinsertion sociale.

En l’espèce, la Cour énonce que :

[190] Selon le Tribunal, la seule solution afin de protéger la société à long terme est de permettre à l’accusé de bénéficier d’une détention à Pinel où il profitera des services spécialisés visant à le réhabiliter.

« [195] Le Tribunal a deux choix, soit l’isoler dans un pénitencier et espérer qu’il soit réhabilité dans quelques années ou tenter, immédiatement, un plan de réhabilitation à l’Institut Pinel, lequel sera suivi d’une réinsertion sociale visant son autonomie avec des travailleurs sociaux qui sont à ses côtés depuis plusieurs années déjà. »

« [198] La peine adulte, quant à elle, équivaut à abandonner toute forme de réhabilitation, avant même d’avoir essayé. »

« [199] La preuve, telle que présentée à l’audience convainc le Tribunal qu’une peine spécifique de mise sous garde atteint les objectifs de la Loi, soit de lui offrir les meilleures chances de réadaptation et de réinsertion sociale, tout en suscitant chez lui le sens et la conscience de ses responsabilités. »

*Cet article a été rédigé par madame Amy Bowen, étudiante à l’Université de Sherbrooke en 3e année du Baccalauréat en droit.

Détention avant le prononcé de la peine et la nécessité de cette détention pour ne pas miner la confiance du public envers l’administration de la justice

Dans l’arrêt R. c. Hall, [2002] 3 R.C.S. 309, la Cour suprême a analysé la question de la nécessité de la détention afin de ne pas miner la confiance du public dans l’administration de la justice selon l’article 515 10) b) C.cr et que nous retrouvons à l’article 29 2)b) iii) LSJPA depuis le 23 octobre 2012.

Dans cet arrêt la Cour mentionne aux paragraphes 40 et 41 ce qui suit:

« 40                        L’alinéa 515(10)c) énonce des facteurs particuliers qui décrivent certains cas bien précis dans lesquels la mise en liberté sous caution peut être refusée dans le but de maintenir la confiance du public dans l’administration de la justice.  Comme nous l’avons vu, ces cas peuvent se présenter lorsque, en dépit du fait qu’il est improbable que l’accusé s’esquivera ou qu’il commettra d’autres infractions en attendant de subir son procès, sa présence dans la collectivité compromettra la confiance du public dans l’administration de la justice.  Pour décider si on est en présence d’une telle situation, il faut tenir compte de toutes les circonstances, mais particulièrement des quatre facteurs énoncés par le législateur à l’al. 515(10)c) — le fait que l’accusation paraît fondée, la gravité de l’infraction, les circonstances entourant sa perpétration et le fait que le prévenu encourt, en cas de condamnation, une longue peine d’emprisonnement.  Dans le cas où, comme en l’espèce, le crime commis est horrible, inexplicable et fortement lié à l’accusé, un système de justice qui ne permet pas d’ordonner la détention de l’accusé risque de perdre la confiance du public qui est à la base du système de mise en liberté sous caution et de l’ensemble du système de justice. »

« 41                              Tel est donc l’objectif du législateur : maintenir la confiance du public dans le système de mise en liberté sous caution et l’ensemble du système de justice.  La question est de savoir si les moyens qu’il a choisis vont au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre cet objectif.  À mon avis, la réponse est non.  Le législateur a assorti d’importantes garanties la présente disposition en matière de mise en liberté sous caution.  Le juge doit être persuadé que la détention est non seulement souhaitable, mais encore nécessaire.  De plus, il doit être convaincu que cette mesure n’est pas seulement nécessaire pour atteindre un objectif quelconque, mais qu’elle s’impose pour ne pas miner la confiance du public dans l’administration de la justice.  Qui plus est, le juge procède à cette évaluation objectivement à la lumière des quatre facteurs énoncés par le législateur.  Il ne peut pas évoquer ses propres raisons pour refuser d’accorder la mise en liberté sous caution.  Bien qu’il doive tenir compte de toutes les circonstances, le juge doit prêter une attention particulière aux facteurs énoncés par le législateur.  En définitive, le juge peut refuser d’accorder la mise en liberté sous caution uniquement s’il est persuadé, à la lumière de ces facteurs et des circonstances connexes, qu’un membre raisonnable de la collectivité serait convaincu que ce refus est nécessaire pour ne pas miner la confiance du public dans l’administration de la justice.  En outre, comme l’a souligné le juge en chef McEachern de la Colombie‑Britannique (en chambre) dans l’arrêt R. c. Nguyen 1997 CanLII 10835 (BC CA), (1997), 119 C.C.C. (3d) 269, la personne raisonnable qui procède à cette évaluation doit être bien informée [traduction] « de la philosophie des dispositions législatives, des valeurs consacrées par la Charte et des circonstances réelles de l’affaire » (p. 274).  C’est pourquoi la disposition en cause ne laisse pas une « large place à l’arbitraire » et ne confère pas non plus aux juges un pouvoir discrétionnaire illimité.  Au contraire, elle établit un juste équilibre entre les droits de l’accusé et la nécessité de veiller à ce que la justice règne dans la collectivité.  Somme toute, elle n’a pas une portée excessive. »