Archives du blogue

Vers une réelle augmentation des infractions à caractère sexuel commises par les adolescents?

Cette semaine, La presse rapportait que le nombre d’infractions à caractère sexuel commises par des mineurs et dénoncées à la police a connu une hausse considérable en 2021. Regardons ces chiffres de plus près.

On rapporte que le nombre de dossiers ouverts annuellement pour des crimes de nature sexuelle où un suspect était âgé de moins de 18 ans est passé de 439 en 2015 à 1439 l’an dernier. Il s’agit d’une hausse de 228 %. Et entre les années 2020 et 2021, l’augmentation a été de 55 %, soit une hausse marquée.

Toutefois, la hausse du nombre d’infractions rapportées s’étale en fait graduellement sur plusieurs années, et touche l’ensemble des régions du Québec. Autant la SQ que le SPVM ou le SPAL rapportent des augmentions.

Même si les mineurs sont surreprésentés parmi les victimes de violences sexuelles (environ 46%), il ne faut pas non plus sous estimer que beaucoup d’agressions impliquent des adolescents à titres de victime et d’agresseur.

Sans surprise, depuis la pandémie et avec les confinements répétés, il y aurait eu une nette augmentation de l’usage des médias sociaux dans la commission des infractions à caractère sexuel (usage accru des écrans).

On sait que les infractions à caractère sexuel sont sous dénoncées. Il peut être intéressant de se demander quel a été l’impact du mouvement Me too sur le phénomène de dénonciations. Le nombre d’infractions a t-il augmenté réellement, ou sont elles plus susceptibles d’être dénoncées et traitées différemment par les policiers?

Source

https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2022-08-09/violences-sexuelles/les-denonciations-bondissent-chez-les-jeunes.php

Les adolescents auteurs d’abus sexuel

Dans une thèse publiée en 2019, l’auteure Janick Coutu rapporte différentes données intéressantes, émanant de plusieurs études :

Les adolescents auteurs d’abus sexuels répondent mieux au traitement, font moins de victimes et présentent des comportements moins agressifs que les adultes auteurs d’abus sexuels.

Au Canada, 15 à 30 % des agressions sexuelles sont commises par des adolescents, la proportion grimpant à 50 % lorsque sont uniquement étudiés les agressions commises à l’égard d’enfants.

Les adolescents auteurs d’abus sexuel sont majoritairement des garçons.

33 à 50 % des adolescents auteurs d’abus sexuel auraient eu des troubles de comportement dès l’enfance.

Plusieurs de ces adolescents présentent des antécédents psychiatriques ou des symptômes dépressifs, ainsi que des difficultés d’apprentissage et un arrêt précoce de la scolarisation. Ils sont souvent isolés socialement (peu ou pas d’amis), possèdent une faible estime personnelle et ont souvent été victimes d’intimidation. Également, ils consommeraient de la pornographie de façon plus importante que les autres adolescents, depuis plus longtemps et incluant des scènes plus difficiles. Ils ont aussi souvent des antécédents judiciaires liés à des crimes non sexuels.

Les abuseurs récidivistes auraient davantage été abusés durant l’enfance. Les abus vécus durant cette période influenceraient les gestes commis à l’adolescence, puisque l’agresseur tend à reproduire les mêmes éléments (âge de la victime et modus operandi par exemple).

Les adolescents auteurs d’abus sexuels ont souvent grandi dans des familles dysfonctionnelles (alcoolisme, toxicomanie, santé mentale, violence conjugale) et dans des contextes d’abandon parental. Ils ont souvent été victimes de différentes formes d’abus (négligence, abus physique, etc.).

Pour sa thèse, l’auteure étudie les dossiers d’adolescents auteurs d’abus sexuel judiciarisés au Québec entre 2005 et 2010. Elle conclue à un portrait hétérogène de ces délinquants, au niveau notamment de l’intensité, de la persistance et de la fréquence des actes. 82 % de ces adolescents ont été signalés pour au moins un motif en protection de la jeunesse et les parcours de maltraitance sont aussi hétérogènes. L’auteure conclue que les adolescents auteurs d’abus sexuels présentent un passé de maltraitance plus sévère que les auteurs de délits non sexuels. Les antécédents d’abus sexuels subis constituent la variable la plus prédictive quant au fait d’appartenir au groupe des adolescents auteurs d’abus sexuel versus auteurs de délits non sexuels.  En comparant les jeunes délinquants auteurs d’abus sexuel maltraités à ceux n’ayant pas été maltraité, elle conclue que ceux ayant été maltraité ont une délinquance plus précoce, variée, intense et persistante que les adolescents auteurs d’abus sexuels non maltraités.