Archives d’auteur : Francis Camiré

La prise de risque chez les jeunes fugueurs en centre de réadaptation

Le 11 mai 2021, l’Institut universitaire Jeunes en difficulté (IUJD) a présenté un webinaire sur la prise de risque chez les jeunes fugueurs en centre de réadaptation. Environ 450 participants ont pu assister virtuellement à cette conférence donnée par Sophie Couture, professeure au département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke. La présentation était divisée en deux parties, soit les résultats du projet de recherche « Fugue 1.0 » et les pistes qui seront explorées dans le projet de recherche « Fugue 2.0 ».

En introduction, la conférencière a d’abord expliqué que les projets de recherche étaient dans le but de mieux comprendre les raisons et mécanismes derrière la récurrence de la prise de risque chez les jeunes fugueurs, et ce, malgré toutes les conséquences associées. Puis, elle a partagé des modèles théoriques concernant la prise de risque chez les adolescents qui ont soutenu les recherches, soit :

1) Le modèle des systèmes doubles (Steinberg, 2010) qui se caractérise par la recherche exacerbée de sensations fortes à l’adolescence, alors que la capacité d’autorégulation est peu développée (développement normatif). Ce modèle a aidé à mieux comprendre le grand déséquilibre qui se crée vers la prise de risque dans des comportements sexuels, déviants (vols, consommation de drogue et alcool, etc) et routiers;

2) La théorie de prise de risque post-traumatique (Kerig, 2019) qui établit que des jeunes qui ont vécu de nombreux traumas prennent davantage de risques afin de reprendre du contrôle sur leur vie.

Par la suite, un court bilan a été fait concernant les facteurs de risque (individuels, sociaux, familiaux et scolaires) qui caractérisent les jeunes fugueurs et leurs différentes typologies qui ont été proposées dans les dernières années par l’INESSS et le CIUSSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Toutefois, la première typologie ne permettait pas de distinguer les différents fugueurs en lien avec leur prise de risque et la deuxième n’avait pas été validée.

En ce qui concerne le projet de recherche « Fugue 1.0 » qui a eu lieu de 2015 à 2018, 75 jeunes non fugueurs et 125 jeunes fugueurs y ont participé. Toutefois, il faut mentionner que l’échantillon était seulement constitué de garçons.

Voici un résumé des constats qui ressortent des résultats obtenus :

1) Le déséquilibre de la prise de risque distingue les jeunes fugueurs des jeunes non fugueurs, et ce, au-delà de l’expérience traumatique antérieure vécue;

2) Ce n’est pas la fréquence des fugues qui est associée à un plus grand déséquilibre de la prise de risque, mais plutôt la présence de comportements à risque (consommation de drogue/alcool, délinquance et agressivité).

Aussi, le projet de recherche a permis d’établir de nouvelles typologies et de proposer des pistes d’intervention en lien avec leurs caractéristiques respectives :

1) Les fugueurs avec implication de la famille recherchent davantage de sensations fortes, mais cela est cohérent avec le développement normatif des adolescents. Donc, les interventions devraient viser la réduction des méfaits et une révision du plan de sorties autorisées au besoin.

2) Les fugueurs indépendants, soit la majorité de l’échantillon, ont davantage de diagnostics de trouble de santé mentale, d’anxiété et de dépression. Dans leur situation, la fugue semble être un mécanisme de « coping » (d’adaptation). Donc, les interventions devraient viser le soutien en santé mentale et la gestion du stress.

3) Les fugueurs avec implication de la police ont vécu davantage d’abus sexuels. Étant donné que cette typologie est liée à la théorie de la prise de risque post-traumatique, les interventions devraient se faire selon une approche sensible aux traumas.

En ce qui a trait le projet de recherche « Fugue 2.0 » qui s’intitule « Projets Fugue 14-17 ans », celui-ci va regrouper trois études différentes effectuée par une grande équipe de chercheurs :

1) L’étude 1 va porter sur la problématique de la fugue en centre de réadaptation et se fera en partenariat entre le milieu institutionnel et communautaire;

2) L’étude 2 va explorer la consommation de drogue et d’alcool lors des épisodes de fugue afin de distinguer les différents profils de consommateurs;

3) L’étude 3 va tenter de faire la lumière sur les éléments qui pourraient permettre la prédiction de la fugue et des comportements à risque chez les adolescents et adolescentes hébergés en centre de réadaptation.

Si le contenu de ce webinaire vous intéresse, son visionnement est accessible en consultant :

1) La page web de l’IUJD : https://iujd.ca/fr/activites-et-formation/activites-scientifiques-et-evenements/conferences-2020-2021

ou

2) La chaîne Youtube de l’IUJD : https://www.youtube.com/channel/UC86o8cmga1v8qTdASuOJhRg